La conclusion d'abord. Le Congo-Brazzaville affiche un excédent budgétaire global et demeure, en même temps, classé par le FMI et la Banque mondiale comme un pays en situation de surendettement. Les deux faits sont vrais à la fois, et l'écart entre les deux est toute l'histoire : le pétrole paie les factures sur papier, pendant que les obligations impayées de l'État — envers ses fournisseurs, ses retraités et ses fonctionnaires — atteignaient 3,38 milliards US$, soit 23,6 % du PIB, à la fin de 2024 [AVD 2026]. La dette publique a atteint un niveau estimé à 97,2 % du PIB à la fin de 2025 [FMI 2026], la discipline budgétaire s'est relâchée en 2025, et de nouveaux arriérés se sont accumulés pendant même que les anciens étaient remboursés.
Les éléments examinés couvrent la période 2023–2026 et proviennent des dix sources institutionnelles ou officielles citées en lien tout au long du texte. Lorsque ces sources divergent, les deux chiffres sont présentés. Rien ici ne provient de déclarations d'opposition ni des réseaux sociaux.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Année | Source |
|---|---|---|---|
| Dette publique | 97,2 % du PIB | fin 2025 | FMI |
| Classification de la dette | En surendettement | mars 2026 | AVD FMI–Banque mondiale |
| Arriérés totaux | 3,38 G US$ · 23,6 % du PIB | fin 2024 | AVD conjointe |
| Déficit primaire hors pétrole | 8,7 % du PIB hors pétrole | 2025 | FMI |
| Solde budgétaire global | +0,9 % du PIB | 2025 | Banque mondiale |
| Croissance du PIB réel | 2,4 % (FMI) – 3,1 % (BM) | 2025 | FMI · Banque mondiale |
| Poids du pétrole | ≈½ du PIB · 80 % des exportations | 2025 | Banque mondiale |
| Pauvreté (3,00 $/jour, PPA 2021) | 51,7 % | 2025 | Banque mondiale |
| Notation souveraine | CCC+ (Fitch) · CCC+/C (S&P) | févr. 2026 (Fitch) | Fitch · S&P |
I. Un État pétrolier, avant toute chose
Le pétrole est le socle de tous les autres chiffres de ce rapport. Le secteur représente environ la moitié du PIB du Congo et 80 % de ses exportations; le pays est le troisième producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne [BM]. Côté recettes, le secteur extractif a fourni 67 % des recettes totales de l'État en 2019, la part la plus récente publiée dans le cadre du processus ITIE du Congo [ITIE]. Ce même processus a produit le constat de transparence le plus lourd de conséquences au dossier : le rapport 2017 a montré que seulement 10 % du produit des ventes de pétrole parvenait au Trésor, le reste étant affecté au remboursement de prêts et d'accords de préfinancement — cette dette gagée sur le pétrole qui façonne les finances du pays depuis [ITIE].
II. Le paradoxe : excédent sur papier, arriérés dans les faits
Sur la mesure globale, le budget du Congo est excédentaire : +0,9 % du PIB en 2025, un excédent réduit par la baisse des prix du pétrole [BM]. La loi de finances 2026 est construite de la même façon — des recettes de 2 550,5 milliards de FCFA contre des dépenses de 2 270,2 milliards, soit un excédent budgétaire de 280,4 milliards de FCFA [JdB].
Retirez le pétrole et l'image s'inverse. Le déficit primaire hors hydrocarbures s'est creusé à 8,7 % du PIB hors hydrocarbures en 2025 [FMI 2026]; la Banque mondiale situe le déficit hors pétrole à 6,8 % du PIB la même année [BM]. Et la même loi de finances qui affiche un excédent affiche aussi un déficit de trésorerie de 921,9 milliards de FCFA [JdB] — l'écart entre ce que l'État doit décaisser dans l'année, amortissement de la dette et arriérés compris, et ce qu'il encaisse.
L'évaluation 2026 du FMI dit sans détour ce qu'il est advenu de la discipline : les dépenses de biens et services ont bondi de façon imprévue en 2025, évinçant l'investissement public et les transferts, pendant que la baisse des prix du pétrole comprimait les recettes [FMI 2026].
III. La dette : 97 % du PIB, classée « en surendettement »
Le FMI estime la dette publique totale à 97,2 % du PIB à la fin de 2025; la Banque mondiale retient 97,4 %. Fitch publie une estimation plus basse, environ 87 % du PIB — les sources divergent et ne rapprochent pas publiquement leurs périmètres; les trois chiffres sont donc rapportés tels que publiés [Fitch].
L'analyse de viabilité de la dette conjointe FMI–Banque mondiale de mars 2026 classe le Congo en surendettement pour la dette extérieure comme pour la dette globale, tout en jugeant la dette « viable » au terme d'une évaluation granulaire — assortie de risques élevés. La dette intérieure représente environ 58–59 % du total et la dette extérieure 38–39 %. Parmi les créanciers à la fin de 2024 : la Chine à 11,1 % du PIB, premier prêteur bilatéral; les institutions multilatérales à 12,0 % du PIB; et les négociants pétroliers à 1,6 % du PIB, en baisse par rapport à 3,9 % en 2023. Les besoins bruts de financement ont culminé à 27,2 % du PIB en 2025 [AVD 2026].
Pour financer ce besoin, l'État s'appuie sur deux canaux. Au plan régional, les titres publics congolais sont absorbés par les banques de la CEMAC — ce « lien souverain-banques » que le FMI signale comme une vulnérabilité [FMI 2026]. Au plan international, le gouvernement a émis trois euro-obligations totalisant 1,63 milliard US$ entre novembre 2025 et février 2026 [BM] — Fitch détaille 930 millions US$ placés en privé fin 2025 et 700 millions US$ supplémentaires prévus pour début février 2026 [Fitch].
IV. Les arriérés : le registre des obligations impayées
Les arriérés sont l'endroit où les finances publiques cessent d'être abstraites. À la fin de 2024, le stock s'élevait à 3,38 milliards US$ — 23,6 % du PIB — dont 2,81 milliards US$ d'arriérés intérieurs et 568 millions US$ d'arriérés extérieurs [AVD 2026]. Le rapport-pays du FMI de juillet 2024 a décomposé le stock intérieur : environ deux tiers d'arriérés commerciaux — des factures de fournisseurs impayées — et un tiers d'arriérés sociaux — salaires, pensions et bourses. La dette de l'État envers le seul régime de retraite était chiffrée à 269 milliards de FCFA [FMI 2024].
Les autorités disposent d'une stratégie de remboursement qui s'étend jusqu'au début des années 2030; le FMI a calculé qu'apurer le stock sur cet horizon exige d'y consacrer au moins 2 % du PIB par année, et a relevé que les arriérés accumulés en 2021–2023 — estimés provisoirement à 2 % du PIB — n'étaient toujours pas audités [FMI 2024]. Remboursement et accumulation avancent en parallèle : de nouveaux arriérés sont apparus en 2025 pendant même que d'anciens étaient apurés, Fitch estimant les arriérés intérieurs à environ 13 % du PIB à la fin de 2025 [Fitch].
Sur le terrain, le tiers social de ce registre est compté mois par mois par les personnes concernées. En novembre 2025, trois organisations de retraités ont présenté au Sénat leur décompte pour la Caisse de retraite des fonctionnaires : 50 mois de pensions impayées accumulés depuis 2016 [allAfrica]. Ce décompte est celui des retraités eux-mêmes, livré au Parlement et rapporté par la presse; aucune source institutionnelle ne publie de chiffre en mois impayés, et il figure ici comme témoignage devant le Sénat, non comme statistique auditée.
V. Croissance, prix et pauvreté
L'économie a crû de 2,1 % en 2024 selon le FMI; la Banque mondiale retenait 2,6 % en septembre 2025 [BM 2025]. Pour 2025, les estimations s'échelonnent de 2,4 % (FMI) à 3,0 % (Fitch) et 3,1 % (Banque mondiale). L'inflation est demeurée modérée — 2,6 % selon le FMI, 2,9 % selon la Banque mondiale. Le compte courant est passé en déficit; le FMI rapporte 5,8 % du PIB en 2025, la Banque mondiale 2,5 % — un écart important qu'aucune des deux institutions ne rapproche publiquement.
Deux faits encadrent ce que la croissance a livré — et n'a pas livré. La pauvreté touchait 51,7 % de la population en 2025 au seuil de 3,00 $ US par jour (PPA 2021) [BM], et la Banque mondiale note que 2024 a apporté la première hausse du revenu par habitant depuis 2016 — sans encore de recul significatif de la pauvreté [BM 2025]. En avant, Fitch prévoit le démarrage en 2026 de la production de gaz naturel liquéfié, qui élargit la base d'hydrocarbures dont l'État dépend [Fitch].
VI. Le budget 2026 et le programme de réformes
Le Parlement a adopté le budget 2026 le 23 décembre 2025 : des recettes de 2 550,5 milliards de FCFA, des dépenses de 2 270,2 milliards, et le déficit de trésorerie de 921,9 milliards de FCFA relevé plus haut. La loi instaure un compte unique du Trésor et la budgétisation par programmes [JdB]. Le FMI lit ce budget comme « un engagement renouvelé envers l'assainissement budgétaire », et son Conseil a insisté sur les réformes qui feraient tenir les chiffres : élargir l'assiette fiscale, rationaliser les exonérations, achever le système SIGFIP, mieux planifier le service de la dette et l'apurement des arriérés, et recourir en priorité au financement concessionnel [FMI 2026].
Le regard des agences de notation est que le point de départ demeure fragile : Fitch a confirmé la note du Congo à CCC+ en février 2026, en invoquant la faiblesse de la gestion des finances publiques, la dette élevée, la dépendance au pétrole et l'accès restreint au marché régional [Fitch]; S&P note le souverain CCC+/C [S&P].
VII. Ce qu'il faut surveiller
Cinq variables observables décideront si l'assainissement de 2026 tient. Le prix du pétrole, qui détermine directement le solde global. L'appétit des banques de la CEMAC pour les titres publics congolais. L'audit des arriérés 2021–2023, toujours en attente. L'exécution — et non l'annonce — du compte unique du Trésor et du SIGFIP. Et la montée en production du GNL à partir de 2026, qui ajoute des recettes tout en approfondissant la dépendance dont la Banque mondiale presse le pays de se dégager.
1991, dans les mêmes pièces du pouvoir
Ce dossier a une deuxième livraison. Le 13 décembre 1991, le président George H. W. Bush recevait à la Maison-Blanche le premier ministre de transition du Congo, André Milongo — un haut fonctionnaire passé par la Banque mondiale, que la Conférence nationale souveraine avait chargé de conduire le pays vers des élections multipartites. Le compte rendu officiel de cette rencontre est conservé dans les archives du Conseil de sécurité nationale à la bibliothèque présidentielle George H. W. Bush [Archives Bush]. La prochaine livraison lira ce document ligne à ligne, face aux chiffres de 2026 que vous venez de parcourir.
Ce qui relie les deux instantanés, c'est la question au cœur de mon livre : le leadership ne se juge pas aux moyens dont on dispose, mais à la manière dont le pouvoir est exercé, rendu de comptes à l'appui, puis transmis. C'est l'argument de Leadership Under Fire: Forged in the Rooms of Power, qui paraît le 6 octobre 2026.
Portée des éléments de preuve. Ce rapport examine dix sources institutionnelles et officielles datées de juillet 2024 à août 2026 : deux publications du FMI, l'analyse de viabilité de la dette conjointe FMI–Banque mondiale, deux publications de la Banque mondiale, les rapports-pays de l'ITIE, une action de notation de Fitch (avec la page de notation de S&P), et des articles de presse rapportant l'adoption de la loi de finances 2026 et un témoignage devant le Sénat. Les conclusions se limitent à ce que ces documents énoncent. Lorsque les institutions publient des chiffres différents pour un même indicateur, chaque chiffre est attribué et aucun n'est moyenné. La presse n'est utilisée que comme voie d'accès aux actes primaires, jamais comme analyse. Ce rapport est une description analytique des finances publiques; il ne porte de jugement sur aucune personne ni aucun parti.



