Ce dossier s'est ouvert sur un registre — les finances publiques du Congo, chiffre par chiffre. Il s'est poursuivi par une archive — dix minutes dans le Bureau ovale en 1991, où tout était déjà dit. Cette troisième partie change de registre. Elle prend la forme que prennent les vraies décisions : un breffage — non pas ce que quiconque devrait faire, mais ce que le gouvernement pourrait considérer. Le tableau d'abord, puis les choix. Chaque chiffre vient des deux premières parties ou porte sa propre source; les orientations sont celles de l'auteur, et elles rejoignent, là où c'est indiqué, les recommandations publiées des institutions.

La situation, en une page

Voici le point de départ. Le budget affiche un excédent global : +0,9 % du PIB en 2025 [BM]. Et pourtant la dette atteint 97,2 % du PIB, le pays est classé en surendettement par l'analyse conjointe FMI–Banque mondiale, et les besoins bruts de financement ont culminé à 27,2 % du PIB en 2025 [FMI 2026] [AVD 2026]. L'État doit 3,38 milliards $ US d'obligations impayées — fournisseurs, salaires, pensions, bourses — soit près du quart du PIB [AVD 2026]. Un habitant sur deux vit sous le seuil de 3 $ par jour [BM]. Et le pétrole, qui fournit l'essentiel des recettes de l'État, décide de tout le reste.

Voilà le nœud : l'argent entre, mais la marge de manœuvre n'existe pas. Ce breffage porte sur une seule chose — comment la rétablir. Quatre chantiers, dans l'ordre.

Chantier 1 — Voir clair, et le montrer

On ne peut pas réparer ce qu'on ne peut pas voir. En 1991, le premier ministre de la transition disait au président des États-Unis que les producteurs de son pétrole « ne remettent pas leurs livres de comptes » [Memcon 1991]. En 2017, le processus ITIE mesurait que 10 % seulement du produit des ventes de pétrole parvenait au Trésor [ITIE]. La première décision ne coûte rien et change tout le reste : publier les comptes — recettes pétrolières, dette, arriérés — régulièrement, intégralement, lisiblement. Achever ce qui est déjà commencé et qui va dans ce sens : le compte unique du Trésor et le système de gestion financière SIGFIP, que le FMI presse de mener à terme [FMI 2026]. La transparence n'est pas une concession aux bailleurs. C'est l'outil de travail numéro un d'un dirigeant — on ne pilote pas un État dont on ne voit pas les chiffres.

Chantier 2 — Payer ce que l'État doit à ses citoyens

Le tiers social des arriérés intérieurs — salaires, pensions, bourses [FMI 2024] — n'est pas une ligne comptable comme les autres. Un fonctionnaire payé, c'est une famille qui consomme localement; un retraité payé, c'est la confiance qui revient dans la parole de l'État. Le FMI a chiffré la discipline nécessaire : consacrer au moins 2 % du PIB par année à l'apurement, selon une stratégie qui court jusqu'au début des années 2030 — et faire auditer les arriérés de 2021–2023, ce qui n'est toujours pas fait [FMI 2024]. La règle de conduite est simple à énoncer : plus un seul nouvel arriéré social, et un calendrier d'apurement publié, que chacun peut vérifier. C'est le geste qui relie le chantier 1 au reste : des comptes visibles, et des dettes honorées dans l'ordre annoncé.

Chantier 3 — L'actif que personne ne peut copier : Pointe-Noire

Le Congo détient un avantage de géographie que soixante ans de difficultés n'ont pas entamé. Le terminal à conteneurs de Pointe-Noire est, selon son exploitant, « le seul port en eau profonde de la sous-région avec accès direct depuis la mer » : tirant d'eau de 16 mètres, chenal dragué à 16,50 mètres, 1 500 mètres de quais, une capacité de 1,2 million de conteneurs (EVP) par année, plus de 600 000 traités à ce jour — contre 150 000 en 2009 [Congo Terminal]. Derrière ce port : le chemin de fer Congo-Océan, 512 kilomètres jusqu'à Brazzaville — c'est-à-dire jusqu'au fleuve, et de l'autre côté du fleuve, Kinshasa et son marché de plusieurs dizaines de millions d'habitants. La ligne, construite entre 1921 et 1934, s'est dégradée au point que les flux passent par la route; l'État a annoncé en 2026 une réhabilitation estimée à 595 millions $ US [Ecofin 2026].

La logique stratégique s'énonce en une phrase : Pointe-Noire n'est pas seulement le port du Congo — c'est une porte d'entrée naturelle de l'Afrique centrale, du Gabon à l'Angola et jusqu'à la RDC. Les étapes se déduisent d'elles-mêmes, dans l'ordre : une autorité portuaire gouvernée selon les standards internationaux, aux comptes publics; le rail remis en état — l'exécution, pas l'annonce; puis, adossée au port, une zone économique spéciale selon la pratique établie — règles claires, guichet unique, fiscalité prévisible — pour l'import-transformation-réexport vers la sous-région. Chaque étape ne vaut que si la précédente tient. Un port transparent attire des lignes maritimes; un rail fiable attire des chargeurs; une zone crédible attire des usines — qui créent des emplois et élargissent l'assiette fiscale de l'État.

Chantier 4 — Produire ce que le pays consomme

Le quatrième chantier commence dans l'assiette. Un pays qui importe l'essentiel de sa nourriture est vulnérable deux fois — dans sa balance des paiements et dans sa sécurité nationale. La première marche de l'industrialisation est donc agroalimentaire : transformer, conserver, conditionner localement ce que le pays produit. Puis viennent les premières transformations des ressources : le bois en produits de construction plutôt qu'en grumes; les hydrocarbures en produits finis plutôt qu'en brut seul. La Banque mondiale presse le pays, dans les mêmes termes, de convertir son capital naturel en capital produit et humain et de se dégager de la dépendance pétrolière [BM].

La méthode compte autant que l'objectif, et elle est connue : des protections temporaires, dégressives et annoncées d'avance — le temps, cinq à dix ans, de bâtir une capacité locale — avec un investissement défiscalisé à l'intérieur des zones dédiées, une diversification des fournisseurs, et des exigences de contenu local qui montent par paliers. Temporaire et dégressif : c'est la condition qui sépare une politique industrielle d'une rente. Et l'avantage congolais, ici, est réel : un pays de 6,3 millions d'habitants [WDI] peut décider, ajuster et corriger à une vitesse que les grands États ne connaissent pas.

Ce que le premier geste décide

Aucun de ces chantiers n'exige de miracle. La Corée du Sud partait en 1960 d'un revenu par habitant comparable à celui du Congo [WDI] — sans pétrole, sans port en eau profonde à construire, sans hinterland continental. Ce qui s'est appris là-bas s'apprend ici : des règles claires, appliquées à tout le monde, longtemps. La séquence tient en quatre lignes, et la première ne coûte rien : montrez les livres; payez ce que l'État doit; bâtissez sur le port; produisez ce que le pays consomme.

En 1991, dans le Bureau ovale, un premier ministre congolais demandait exactement cela — voir les comptes, payer les salaires, retrouver une marge [Memcon 1991]. La question de ce dossier n'a jamais été de savoir qui blâmer. Elle est de savoir combien de temps encore le premier geste se fera attendre.

Portée des éléments de preuve — et nature de ce texte. Cette troisième partie est un exercice de synthèse en forme de breffage — ce que le gouvernement pourrait considérer, à la lumière des documents cités. Les chiffres proviennent des sources citées : les documents institutionnels des deux premières parties (FMI, Banque mondiale, AVD conjointe, ITIE, mémorandum de 1991), la fiche technique publiée par l'exploitant du terminal à conteneurs de Pointe-Noire, l'annonce gouvernementale de la réhabilitation du Congo-Océan telle que rapportée par la presse spécialisée, et les Indicateurs du développement dans le monde. Les orientations — l'ordre des chantiers, la stratégie portuaire, la politique de production locale — sont celles de l'auteur; elles rejoignent les recommandations publiées du FMI (transparence, compte unique du Trésor, apurement des arriérés, élargissement de l'assiette) et de la Banque mondiale (diversification hors pétrole) là où le texte l'indique, et relèvent pour le reste de la pratique établie des politiques de développement. Ce texte est un exercice de réflexion — il ne vise aucune personne et ne porte de jugement sur aucun dirigeant ni aucun parti.