Dernière mise à jour : 3 août 2026 · Révisée et améliorée sur place, non republiée comme un nouvel article
État des lieux. Ankara a agi rapidement pour combler le vide laissé par la chute d’Assad, et c’est en Syrie que les événements évoluent le plus rapidement. Erdoğan et Ahmed al-Sharaa se sont rencontrés en février 2025 pour discuter d’un pacte de défense et de l’utilisation par la Turquie des bases aériennes de la province de Homs ; en août 2025, leurs ministères de la Défense avaient signé un protocole d’accord relatif à la formation et à l’équipement de l’armée syrienne en cours de reconstruction — une véritable relation de sécurité, même si elle ne s’accompagne pas encore des droits de stationnement officiels, qui font toujours l’objet de négociations distinctes. Les entreprises turques se positionnent comme des acteurs de premier plan dans la reconstruction de la Syrie, dont les exportations devraient dépasser les 20 milliards de dollars d’ici 2028. Parallèlement, la Turquie et Israël ont ouvert, à partir d’avril 2025, un véritable canal de coordination concernant l’espace aérien syrien, sur le modèle des mécanismes existants entre Israël et la Russie ainsi qu’entre Israël et les États-Unis — l’évaluation réalisée en 2026 par le Stimson Center y voit une rivalité maîtrisée, et non une résolution du conflit. Sur le plan intérieur, l’annonce de la dissolution du PKK en mai 2025, la cérémonie de destruction des armes de juillet 2025 et le retrait complet vers le nord de l’Irak en octobre 2025 ont mis fin à un conflit interne de 40 ans ; toutefois, les analystes soulignent que cela donne les mains libres à Ankara face aux forces kurdes en Syrie et en Irak, sans pour autant signifier un quelconque retrait turc de ces régions.
Quatre questions restent en suspens. Premièrement, la question de savoir si les relations avec la Syrie déboucheront sur l’octroi effectif de droits de stationnement à la Turquie ou si elles se limiteront à la formation et à la fourniture d’équipements. Deuxièmement, la question de savoir si la gestion des conflits entre Israël et la Turquie tiendra le coup alors que les deux États se disputent l’influence dans la même région, ou si elle s’effondrera sous le poids de cette concurrence. Troisièmement, il reste à voir si le corridor de Zangezur — cette liaison de transport traversant l’Arménie, dont on discute depuis longtemps et qui relierait la Turquie à l’Azerbaïdjan et, plus largement, au monde turc — verra réellement le jour ; à la mi-2026, ce projet reste en suspens, détenu majoritairement par les États-Unis (74 %, contre 26 % pour l’Arménie), et en retard par rapport au calendrier annoncé à plusieurs reprises par Bakou. Quatrièmement, la question de savoir si la coalition d’Erdoğan — qui, selon Al-Monitor, détient suffisamment de sièges pour déclencher des élections anticipées — s’engagera sur la voie d’une modification constitutionnelle lui permettant de se présenter à nouveau au-delà de la limite actuelle de son mandat.
L’influence de la Turquie est bien réelle et s’étend simultanément à plusieurs domaines : les exportations de drones de Baykar ont atteint 2,2 milliards de dollars en 2025 (le Bayraktar TB2 à lui seul a été vendu à 36 pays), la Turquie préside un régime informel dit « Montreux Plus » qui restreint depuis 2022 les mouvements navals tant russes que de l’OTAN en mer Noire, et Ankara a accueilli en juillet le sommet des dirigeants de l’OTAN de 2026 — seulement le deuxième sommet de l’OTAN que la Turquie ait jamais accueilli. Mais deux éléments limitent ce levier plutôt que de le renforcer. L’économie constitue une contrainte, et non un tremplin : la banque centrale a maintenu son taux directeur à 37 % lors de quatre réunions consécutives en 2026, la livre turque a atteint un plus bas historique à près de 47,5 pour un dollar, et l’inflation annuelle officielle de 31,75 % en juillet se situe bien en deçà des 50,49 % calculés par les économistes indépendants de l’ENAG — un écart de crédibilité qui, en soi, est le signe d’une fragilité. Par ailleurs, la candidature de la Turquie à l’adhésion à l’UE reste officiellement gelée, la commission des affaires étrangères du Parlement européen ayant voté en avril 2026 que les négociations « ne peuvent pas reprendre » tant que le recul démocratique n’aura pas été inversé — un jugement renforcé par les poursuites engagées contre le maire d’Istanbul de l’opposition, Ekrem İmamoğlu, dans le cadre de trois affaires menées simultanément que Human Rights Watch a qualifiées de motivées par des considérations politiques.
Ce cadre s’applique parfaitement dans un domaine : le « soft power », où les chiffres sont concrets et structurels. Les exportations de séries télévisées turques ont dépassé le milliard de dollars en 2025, touchant environ un milliard de téléspectateurs dans quelque 170 pays, tandis que l’autorité religieuse Diyanet gère un budget de 3,7 milliards de dollars et emploie 644 personnes à l’étranger pour toucher 2,1 millions de personnes, principalement dans les Balkans, en Asie centrale et en Afrique. Il s’avère plus ambigu en matière de « hard power » : les avancées concrètes en Syrie, la diplomatie par drones et la constitution d’alliances dans le Caucase côtoient une affirmation largement répandue mais non vérifiée de source indépendante selon laquelle la Turquie disposerait de la « deuxième plus grande armée de l’OTAN », ainsi qu’un corridor du Zangezur qui relève encore davantage de l’annonce que de la réalité. Il ne tient pas la route sur les plans économique et démocratique : une banque centrale toujours aux prises avec l’inflation, une monnaie à des niveaux historiquement bas, et un gouvernement qui dépense son capital politique à poursuivre son rival le plus populaire plutôt qu’à consolider une revendication plus solide au leadership régional. Considérez cette thèse comme globalement valable en matière de projection d’influence — mais non encore étayée par les fondements budgétaires ou institutionnels d’une puissance régionale établie.
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